Le Nord de l’Hispanie

Nous envisageons l’étude de l’épigraphie en marbre de Labitolosa, petite cité romaine de droit latin située sur le piémont méridional des Pyrénées centrales (Alto Aragón). Son corpus d’inscriptions, augmenté grâce aux fouilles archéologiques entreprises depuis 1991 par l’Université de Saragosse et l’Institut Ausonius (Navarro Caballero 1994, 1997) en fait un site tout à fait remarquable. D’autant plus que l’emploi de marbres d’importation est attesté (Lapuente et al. 2015). En outre, notre intérêt pour cette cité est suscité par les conclusions de la thèse d’H. Royo (2015) concernant la distribution des marbres pyrénéens vers le sud. Labitolosa se révèle donc comme un cas d’étude idéal car, il est très susceptible d’avoir reçu des marbres provenant des districts de Saint-Béat ou de la vallée d’Ossau en plus des marbres blancs et gris de Carrare (Italie) déjà identifiés. Les mêmes questionnements que pour Burdigala se posent dans ce cas-là.

En opposition, la situation était très différente dans les régions septentrionales, notamment en Galice et sur la cordillère cantabrique. Le fort substrat indigène et une moindre implantation urbaine sont à l’origine d’un nombre réduit d’inscriptions en marbre. Cependant, leur présence démontre l’existence de réseaux d’approvisionnement et, surtout, de l’intentionnalité de son usage en opposition au granit, matériau clairement dominant (CIRG, IRG, IRPLu, Aquae Flaviae 1 et 2 ; Iglesias et Ruiz 1998 ; Gómez Vila 2009). Les preuves de son utilisation dans ces territoires permettent, à ce stade de la recherche, de commencer à collecter systématiquement les données dispersées, pour leur analyse globale (texte et matériau). De même elles peuvent être traduites en cartes de distribution afin de souligner l’importance des voies de transport et des circuits de distribution.

Detail des colonnes et chapiteaux en marbre reemployées à l’église de Santa Comba de Bande, Ourense (photo: S. González Soutelo)

La découverte des affleurements marbriers du Massif Galaïque (Soutelo et al. 2014 ; Gutierrez Garcia-M. et al. 2015, sous presse) ajoute à la complexité de la détermination de l’origine des marbres utilisés pour la production de nombreux objets trouvés dans cette région si éloignée de la Méditerranée. Les premiers résultats ont démontré qu’une grande partie d’entre eux ne fut pas élaborée en marbre d’origine étrangère mais très probablement en marbre hispanique ou même local. Néanmoins, d’importantes lacunes subsistent, particulièrement dans la localisation des sources encore inconnues de certains marbres et dans la compréhension de la chronologie précise et les voies d’acheminement empruntées par ces objets jusqu’à leur lieu de mise en œuvre. En effet, un grand nombre d’entre eux furent remployés à l’époque préromane dans des églises et des monastères. L’étude des marbres galiciens est donc un sujet novateur qui actuellement fait l’objet d’une thèse doctorale à l’Université de Bordeaux Montaigne[1] et dont les résultats seront directement incorporés au sein du référentiel.

[1]  En cotutelle avec l’Université de Saragosse. Intitulé « Les marbres du Nord-Ouest de l’Espagne (actuelle Galice) : contribution à l’étude de leur exploitation et usage durant l’époque romaine et le haut Moyen-Âge par l’apport de la caractérisation archéométrique », elle est menée par M.-C. Savin sous l’encadrement de plusieurs membres de l’équipe du projet ROMAE (co-direction R. Chapoulie et P. Lapuente ; encadrement A. Gutiérrez Garcia-M.).