Aquitaine

Les Pyrénées offrent une grande diversité de richesses naturelles, dont bien évidemment des ressources minérales. Parmi ces dernières, les marbres et les roches ornementales du versant français des Pyrénées centrales tirent un rôle très important dans l’économie de la zone. Cependant, malgré la multiplicité des affleurements exploités, les études se sont surtout concentrées sur la célèbre zone de Saint-Béat, considérée comme la principale pourvoyeuse de ces matériaux (Sapène 1946 ; Costedoat 1992 ; Cabanot et al. 1995 ; Fabré et Lucas 2001 ; Fabré et Sablayrolles 2002 ; Marbres, homes et…, 2008).

Cette idée a été battue en brèche par la thèse soutenue récemment par H. Royo, collaborateur du projet, qui a démontré que d’autres carrières et lithotypes des Pyrénées centrales firent l’objet d’une exploitation comparable durant l’Antiquité (Royo 2015). L’échantillonnage systématique et la caractérisation exhaustive de ces marbres grâce à l’application du même protocole analytique ont permis d’établir les critères de discrimination  des lithotypes identifiés. Ce travail offre par conséquent un excellent outil de comparaison entre les supports épigraphiques et ces lithotypes. Certains problèmes d’identification persistent cependant. Les marbres de la vallée d’Ossau et de Haute Garonne continuent à être difficilement différentiables des marbres hispaniques d’O Incio et d’Estremoz. Des analyses complémentaires (spectroscopie Raman, LIBS, RMN et spectrophotométrie) seront nécessaires pour les séparer.

En outre, l’étude d’H. Royo a confirmé l’usage à l’époque romaine de sept marbres pyrénéens, dont quatre n’avaient jamais été identifiés pour cette période. C’est le cas, notamment, des marbres blancs et veinés de Louvie-Soubiron, dans la vallée  d’Ossau. Il a enfin par ailleurs montré que l’usage de ces marbres au sud des Pyrénées n’était pas seulement sporadique et que ces zones méridionales appartiennent pleinement à l’aire d’influence de ces marbres.

Dédicace à la Tutelle Auguste (ILA, 17) trouvé à Bordeaux, Musée d’Aquitaine (photo: A. Gutiérrez Garcia-M.)

Le corpus épigraphique de Burdigala (Maurin et Navarro Caballero 2011) sera le point de départ de notre enquête en Aquitaine. L’examen du « paysage épigraphique » de cette ville, qui présente un nombre important d’inscriptions en marbre, permettra d’aborder, parmi d’autres, les questions suivantes : Les marbres locaux étaient-ils employés pour des types d’inscriptions en particulier (publiques ? privées ? les deux ?) De quel secteur ou carrière provenaient ces matériaux ? Est-ce que certains marbres locaux en particulier furent employés pour l’épigraphie publique ? Et, au cas où un tel rapport n’existe pas, qui sont les commanditaires de ces inscriptions (magistrats ? citoyens romains ? citoyens latins ? autres ?).